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Entretien

Yan Olivares

Architecte

Publié dans
Panorama de l’immobilier de bureau à Saint-Étienne,
Portrait d'Yan Olivares

À mes yeux, c’est cette qualité d’expérience qui constitue désormais la véritable valeur d’un espace de travail.

Vous affirmez que l’espace conditionne l’attention. En quoi le lieu influe-t-il sur la qualité du travail ?

Directement. Les conditions dans lesquelles je me trouve conditionnent immanquablement la qualité du temps et de l’attention que je peux consacrer à ce que je fais. Une pièce sans fenêtre, même conforme aux normes de confort thermique et de qualité d’air, prive l’occupant de ce que l’espace apporte fondamentalement au vivant : pouvoir souffler, laisser échapper son regard, reprendre pied. Ce n’est pas une question de confort superflu : c’est une condition de la qualité du travail lui-même.

Les entreprises en ont-elles pris conscience ?

Cette sensibilité se diffuse peu à peu. Les entreprises qui proposent des écosystèmes enrichis, avec des espaces de collaboration, des moments de partage et une vraie qualité de vie au travail, fidélisent mieux et attirent plus facilement. À une condition : l’honnêteté de la démarche. Si cela devient une simple stratégie pour que le travail envahisse toutes les dimensions de l’existence au seul profit de l’entreprise, cela ne fonctionnera pas sur le long terme. C’est une question d’équilibre et de justesse d’intention.

Le bureau a-t-il aussi un rôle à jouer à l’échelle du quartier ?

Oui. Je pense ici au concept de la ville du quart d’heure : un quartier dans lequel on accède à l’essentiel des services en quinze minutes à pied ou à vélo. Implanter des espaces de travail dans des lieux bien desservis, proches des pistes cyclables et connectés aux transports en commun, participe à la fréquentation quotidienne du quartier et crée une clientèle régulière et rassurante pour les commerces de proximité. En d’autres termes, un campus de bureaux bien situé ne génère pas seulement de la valeur pour ses occupants : il contribue à ramener de l’urbanité en ville et renoue avec les fondamentaux du plaisir d’habiter un quartier.

Le Campus Fauriel illustre la reconversion du patrimoine industriel. Quel en est l’enjeu ?

Il est important d’avoir des exemples de reconversion qui donnent confiance dans la réversibilité de ces espaces, avec des occupations plébiscitées par les utilisateurs. Dans une ville comme Saint-Étienne, marquée par un tissu industriel dense et des mutations successives, chaque reconversion réussie ouvre la voie aux suivantes.

Qu’est-ce qui distingue vraiment le bureau opéré du bureau classique ?

Pas une liste de services supplémentaires, mais une intention : créer une communauté qui évolue et considérer les interactions entre résidents comme une richesse. Flexibilité, mutualisation, hybridation des usages sont désormais des standards. Ce qui fait la différence, c’est le souci de fabriquer de l’hospitalité, de prendre soin de la qualité de vie au travail, d’avoir des personnes capables d’animer ces lieux, ce que les résidents n’ont souvent pas le temps de faire. À mes yeux, c’est cette qualité d’expérience qui constitue désormais la véritable valeur d’un espace de travail.

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